
les trois Pucelles hier à St Nizier
atelier d'écriture
Je suis née femme, n'en peux douter.
Je suis née fille de ma mère.
Me l'a-t-elle assez répété !
Je fus pucelle et aujourd'hui,
quand je regarde les montagnes
de même nom,
juste à ma porte bien plantées,
comme j'en ris !
Je devins mère
sans trop savoir
par quel bout les enfants se prennent
mais quelle fierté lorsque vint l'heure
et quelle peur !
Je le resterai jusqu'au bout :
fille, pucelle, mère et grand-mère.
Je suis donc comme la montagne : insubmersible.
Je suis donc comme l'océan : vagues et chansons.
Je suis donc comme fut ma mère : courage et opiniâtre audace.
Je fus parfois, et j'en ai honte : bête et soumise.
Mais aujourd'hui
que le rideau va bientôt tomber sur la scène
je suis l'icelle
qui met ses mots au féminin,
qui apprivoise la blanche hermine,
qui refait les couettes du matin
pour les glisser sous sa chemise
et partir d'un pas pèlerin.
Je suis née femme.
Je m'en souviens
dans chaque pore de ma peau,
dans chaque fibre de mon être,
dans chaque goutte de mon sang
Et si j'ai le droit de renaître ...
demain je recommencerai.
à prendre l'eau à la fontaine,
à vider les paniers percés,
à charrier le bois du bûcher
pour l'enfourner dans la cuisine.
Idem :
à taper sur piano à queue,
sur ordinateur,
sur malchance
jusqu'à ce qu'ils trouvent le do
et le logent dans ma soupente.
Je suis née femme.
Comme mes filles je suis née mère.
Et pour quelques détails obscurs
je suis née homme.
Comme mon père. Comme mes frères.
Comme mon fils et ses garçons :
penseurs subtils et gais lurons