Mots et couleurs

textes auto-biographiques anciens et actuels, poésie, chansons, contes et nouvelles

04 décembre 2016

la joie

de Marcelle Delpastre ce poème que j'ai pris plaisir à copier pour vous


                   LA JOIE
Je mettrai ma joie dans la chair. Je n’entendrai pas une autre parole.
Dans le pain qui sort du four, le lait frais, dans la châtaigne qui fume quand on soulève le couvercle de l’oule ;
Là, je mettrai ma joie !

Quand elles s’ouvrent entre le premier soleil, dans les feuilles de noisetier.
Dans l’odeur que le vent apporte de l’arbre vert, de l’herbe en fleur, de la mer profonde.
Le bruit des grandes eaux et la terre aux fumantes labours.
Là je mettrai ma grande joie.

Je mangerai chaque jour les fruits de la saison ; je me chaufferai devant le feu de flamme et de cendre.
Je dormirai  comme l’on dort au lit de chanvre et de plume.
J’apprendrai à marcher, d’un pied, de l’autre, je parlerai sans hâte de toute bonne chose à dire.
J’essaierai l’haleine, qui va, qui vient ; je goûterai l’air à pleine gorge, et la vie qui chante au fond du corps.
Là je mettrai ma meilleure joie.

J’écouterai mon corps affamé qui hume sa nourriture.
J’écouterai mon ventre plus qu’un désert, je le noierai de vin.
J’écouterai mon corps qui a tant bramé d’amour dans les combes de la mer morte.
Là je mettrai ma joie. Maintenant est venu le temps. Au vin mûr je m’attends. Je m’attends à l’amour.
Au vin, à l’amour de la chair je m’attends, au plaisir qui incline les joncs et les bouleaux dans son souffle.
Là je mettrai ma joie !

Là je mettrai ma joie, dans le vin, l’amour. Je cueillerai mes raisins, je presserai la grappe.
J’aurais les mains pleines de sang, la forte odeur du vin me terrasse.
Sous le poids des raisins je ploierai l’échine, c’est moi qui suis la vigne ! c’est moi qui suis la grappe !
Sur mon corps vendangé passe le vent de l’amour, l’odeur de la chair tendre.
De mon corps crucifié niassent les raisins de la colère, du fond du corps monte un souffle nouveau.
De mes pieds encloués sortent les fontaines de la colère, de mes mains clouées vient une branche nouvelle.
Là je mettrai ma joie !

Ici, j’ai mis mon sang. Mon seul espoir, ma joie. De mes reins cloués sort un arbre nouveau.
De mes reins brûlés flambe le feu nouveau. De mes reins desséchés coule un fleuve nouveau.
De mes reins glacés s’élève le vent de tempête, la mer se creuse et se crève où passe le vent.
Maintenant, maintenant je porte le fardeau de pierres, le tuf épais, les racines de la montagne !
Maintenant je m’en vais dans le désert du temps, entre l’étoile et les pierres, et les soleils me font une fumée, une goutte d’eau.
Maintenant je m’en vais, ivre de sang, entre le vent et la poussière. Et la fange soyeuse recevra mon repos.
Ici j’ai mis ma joie.

SAUMES PAGANS

02 décembre 2016

salut !

salut à toi soleil
tu embrasses le ciel
tu embrases mes joues

et avec la bougie des rêves
je peux allumer un grand feu
qui me chauffe depuis les orteils
jusqu'à la pointe des cheveux

c'est peu que te dire que j'aime ta chanson
que j'adore ton sourire
oh mon bon compagnon !
mais à dire "je t'aime" on aime un peu moins pire
à le dire en poème on  respire encore mieux

30 novembre 2016

les murs


"J’avais même trouvé le titre Derrière les murs ? les murs c’était les murs de la pension, qui n’étaient pas des murs pour rire. Des murs de pierres pauvres, hérissés de tant d’interdits, qu’il faudrait bien toute une vie pour les franchir, même passée la grande porte sur les mirages de la liberté. C’était aussi les murs de la guerre. Et ceux-là qui les abbatrait, sinon pour les reconstruire, à longuer de temps ? Pourtant, c’était encore le temps de la jeunesse, qui n’est pas seulement heureuse, ou malheureuse, dans le miroir défigurant du souvenir, mais dans son propre épanouissement." P 521 Delpastre

Ceux-là se construisent  à côté de moi et sous mes fenêtres. Murs qui me renverront bientôt d'autres é
chos de voisinage : voix vives? téléportés? voix matinales qui renvoient au jour libre les esclavages de la nuit ?
j'écoute. À la fenêtre de ma vieillesse, j'écoute le renouvellement des cris et des parcours

21 novembre 2016

les pieds dans le plat !


Le plat était en place au centre de la table

Un plat de porcelaine et doré sur les bords

Tout autour les convives guettaient d’un air de matamore

Prêts à prendre leur part du taureau par les cornes

Pourtant le maître d’œuvre, le maître de chapelle
Ne semblait guère pressé de donner le signal
La bête cuite à point dans le jour vespéral
Suintait de lueurs sourdes jusqu’à se trouver mal
Enfin qu’attendait-on ? qui n’était pas ici ?
Aucune chaise vide à l’entour du pertuis
Les portes étaient closes, le plafond suspendu
Tout autour de la salle les gardes retenus.
Je ne saurais vous dire ce qui me traversa
Un zeste de fou-rire, une crise de foi
Mais sans nulle retenu en pareille circonstance
Je me dressai debout et les mains sur les hanches
Avant que président, trésorier, secrétaire
Puissent empêcher moi-même de me flanquer en l’air
Avant que mon voisin, pourtant costaud des halles
Puisse me ceinturer ou me rincer la dalle
Bref ! avant que quiconque puisse me battre froid
En toute simplicité je mis les pieds dans le plat
Un grand vent de typhon souffla par les naseaux
Le plat de porcelaine craque sous le taureau
Et la table étonnée se souleva de terre
Pour nous laisser partir en bonne compagnie
Moi la végétarienne et la bête rotie.

Si vous ne me croyez lisez donc les journaux
On a tout intérêt quand on n’aime pas le veau
Ni son père, ni sa mère, à mettre les pieds dans le plat
Et pourquoi pas ? le derrière !

12 novembre 2016

l'arbre aux poissons

il m'a suffit de regarder dans le miroir de la mare
pour voir les poissons s'envoler
des poissons rouges, des poissons bleus
comme le ciel de leurs nageoires
C
'est étonnant comme l'on peut
changer de perspectives
quand on aborde une autre rive

11 novembre 2016

la vie en bleu

à préférer la vie en rose
Edith a perdu quelque chose
me semble-t-il les jours de rêve
où je voudrais comme en plein jour
monter à l'échelle de la tour
non ! surtout pas la Tour-prend-garde
la Tour- qui regarde- en face
les nuages et leurs consoeurs
les nuagettes porte-bonheur
C'est pourquoi quand il fait orage
je verse de mon bel encrier
du bleu limpide sur un papier
ensuite je cherche des visages
et j'en trouve à tire-larigot !
Chacun crie  à voix haute et claire
hardi petite ! sois donc légère
le ciel est à portée du jour !

10 novembre 2016

l'oeil de la nuit

" je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit"
ma mère


Pour fermer l’œil de la nuit
Il lui faudrait une arbalète
Mais il n’a qu’un foutu fusil

Allons nous coucher
Sans vitamine C
Dit le loup à l’agneau stressé

Et tout rentra dans l’ordre
L’agneau à l’écurie
Le loup à La Fontaine
L’œil de la nuit dans la mémoire assagie

24 octobre 2016

je courais



"ATTACHÉ DIT LE LOUP. VOUS NE COUREZ DONC PAS Où VOUS VOULEZ ?
De biais, de profil, en arrière, en avant, assise, à genous, à quatre pattes, à croupetons, je courais pourtant bien, parfaitement, où je voulais. Que si j’ignorais l’endroit, et les aléas chaque jour du chemin, c’était encore une chance. Et tant pis pour qui ne se doutait pas que ce chemin-là put exister seulement ; dans la nuit, dans la solitude, et paraissant tout occupée de tant d’autres choses, moi, j’y courais. "
M Delpastre


reflets


pour que chaque bouchée nourrisse tout mon être
chaque jour respiré emplisse mes poumons
je veux être attentive à ce qui m'a vue naître
à ce que sonnera le dernier carillon

air, eau, feu, vent, rivière, lampes et braises
chaque bougie éclaire chaque recoin de nuit
chaque mot recueilli précède la prière
qu'un Dieu sur-bienveillant s'apprête à exaucer


18 octobre 2016

... la lune


Toujours aussi ronde
joufflue comme pomme
En plein cœur du monde
La lune

Toujours aussi claire
Lointaine et proche
Ses yeux grands ouverts
La lune

Lune en quatre lettres
Aux recoins du monde
Toujours à compter
Les hommes

Fige son sourire
Et bat des paupières
Combien de manquants
Sont perdus en mer ?

16 octobre 2016

artiste

"je crois que c'est ça, un artiste. Je crois que c'est quelqu'un qui a son corps ici et son âme là-bas, et qui cherche à remplir l'espace entre les deux en y jetant de la peinture, de l'encre ou même du silence. dans ce sens, artistes nous le sommes tous, exerçant le même art de vivre avec plus ou moins de talent; je précise avec plus ou moins d'amour.
Christian Bobin " l'épuisement"



la goutte d'eau est une artiste !

14 octobre 2016

arbre de moi

" je suis comme un arbre, me tenant droit; j'ouvre mes paumes avec mes doigts, d'où vient ce que je fais, ce que j'aime et ce que je n'aime pas- mais je me trouve hardi, pour décider ce qui est le meilleur. je suis comme un arbre, mon sang est un multiple fleuve de sève; ici nouveau ensuite empoisonné, puis rénové; puis riche de substance et d'autres fois pur de toute nourriture, extrêmement pauvre - je serai bien hardi de juger quelle goutte est meilleure, ou quel pêché n'a point de rémission, ou ce que je dois arracher de moi. ce que je peux faire sans étouffer les racines nourricières, sans asphyxier le tronc jusqu'à la mort des feuilles et des fleurs" Marcelle Delpastre : le testament de l'eau douce

13 octobre 2016

Marcelle Delpastre

Grand opéra des sensations. Le matin s’ébroue et clique et claque. La mer passe par dessus le brise-lames. Le remorqueur de haute mer est amarré sous la fenêtre prêt à intervenir au cas où …
Dans la douceur du petit déjeuner à l’abri, découverte de l’écriture de Marcelle Delpastre ! « Le testament de l’eau douce » n° 1 : Réalités secrètes » ! Même opéra qu’au dehors. Mots qui ruissellent, cliquètent, halètent, chuchotent, caressent des plus immédiates réalités sensibles jusqu’aux méandres de l’intime. Je croyais m’approcher d’une aimable paysanne du temps passé badinant de la plume avec aisance dans les contes et légendes : je découvre une soeur de jour et de nuit, dans l’évidence des passages de vagues et des calme plats.
Je suis heureuse d’avoir trouvé une compagnie pour la route, ce pas-là d’assurance et tremblements, cette voix-là de célébration et de douleur, avec qui je pourrais avancer jusqu’à …

«  Alors je parvins aux portes de l’hiver, frémissant comme à la veille d’un voyage. J’avais traversé la rousseur du crépuscule et la rousseur des champs. J’avais frôlé d’un grand désir les lieux du silence. Mais je savais que j’irais plus loin, encore un peu plus loin. »