Mots et couleurs

textes auto-biographiques anciens et actuels, poésie, chansons, contes et nouvelles

18 février 2017

Mémoire de roses

Tout est à citer de ce poème de Guillevic ( Relier (Gallimard)
quelques pétales :
"Qu'importe si
Je ne comprends pas
La rose:

Par elle, je vois
/.../
Je suis la rose.

N'allez pas me quérir ailleurs.

Contemplons-nous.
Oublions la durée.

Nous en avons
Peut-être pour longtemps. "
/.../
Rose,
Tu laisses deviner
Que dans la joie
Ne sont pas vaines
Toutes les vanités.

16 février 2017

de la beauté des visages



 Je trouve chez Maurice Blanchot «  le livre à venir » :

« … mettre à nu les choses, nudité qui est comme celle d’un immense visage qu’on voit et qu’on ne voit pas et qui, comme un visage, est lumière, l’absolu de la lumière, effrayante et ravissante, familière et insaisissable, immédiatement présente et infiniment étrangère, toujours à venir, toujours à découvrir et même à provoquer, quoique aussi lisible que peut l’être la nudité d’un visage humain »

 Voir  dans un visage, une nudité, un parcours «  toujours à découvrir. » et, empruntant le titre de Blanchot : un visage à venir.
Ouvert à notre immensité.

14 février 2017

de la rose

" On se rappelait sa causerie sur la rose : ce n'était pas un hasard si elle poussait moins haut que l'être humain ; de cette façon, si l'homme voulait la sentir, il devait se baisser, c'est à dire s'incliner devant elle. Et il demandait :" Savez-vous devant qui l'homme se penche au-dessus de la rose ?" Si quelqu'un s'empressait de répondre " quelle question ! Devant la rose bien sûr !" il demandait derechef:" S'incline-t-il seulement devant cette rose ou devant toutes celles du jardin ? ou peut-être devant une rose idéale existant quelque part ?" Une fois qu'il vous aura bien entortillé, il vous avouera qu'il n'a lui-même pas de réponse exacte à cette question et qu'il faut chercher longtemps. Ainsi il pouvait s'avérer que lorsque vous vous penchiez au-dessus d'une rose, vous vous incliniez devant le jardinier qui l'avait cultivée mais également devant le Jardinier qui s'était occupé aussi bien de la rose que de son jardinier"

Guéorgui Gospodinov " l'homme qui avait plusieurs noms"

de l'éternelle beauté


Sans savoir où trouver
l’insatiable beauté
Suis allée promener
Ma quête et mon attente
Je ne demandais rien
Rien qu’à la rencontrer
à l’heure dite, au hasard
de mes yeux et mes jambes …

Et je l’ai vu passer
Beauté du geste simple
qui propose et demande :
L’appartement ouvert
Le gîte et le couvert
La porte refermée
sur les mets préparés
La voiture avancée
pour avancer ma route
et la chanson venue
ponctuer mon plaisir.

Je dis Merci au Temps
Qui m’a offert enfin
Le moment juste et bon
Où mes mains savent prendre
Et Merci à tous ceux
Qui savent le rejoindre
Merci à la Beauté
Source et estuaire

13 février 2017

de la rose


les roses roses, les roses blanches

Les roses blanches, les roses noires

L’amour s’en vient en avalanche
Et c’est en poussière qu’il repart

Et c’est en poussière qu’il repart

Les roses roses, les roses rouges
Et les joues roses, les joues en feu
L’amour ne sera pas farouche
Si nous jouons à être deux

Si nous jouons à être deux

Métaphores Roses Métamorphoses
S’il reste encore sur le rosier
De quoi trinquer avec les choses
De quoi troquer nos vieux souliers

Pour des ailes roses à lier

Alors reprenons de la prose
Scintillements et falbalas
Je sais qu’il faudra bien qu’on ose
Accrocher des roses au lilas

Au fond de l’eau est une rose :
C’est ce que nous chantait Lorca

Et dans la rose une rivière …

"la rose fleurit parce qu'elle fleurit
elle ne se soucie pas d'elle
elle ne se demande pas si on la voit"

de la beauté ...



« Beauté ma toute droite et ma toute dormante » (René Char)

je suis venue vers toi un matin de septembre
espérant éveiller ta voix en poésie

Tu m’as jeté un œil à défaut d’une plume
Depuis lors je surnage sur la vague et le bruit
et je fais mon bonheur de ce rayon de lune

31 janvier 2017

que ... ?


Chaque matin

que cherche-t-elle
En caressant les mots
Du bout des doigts ?

Vérifier que la nuit
Ne les a pas emportés
Sur quelque plage d’au-delà

Au-delà des mensonges
Au delà des incertitudes
Hors de portée de direction et de sens

Alors elle continue
Gratter ou caresser
Étreindre ou détruire
Écrire ou s’écrier
Sur la ligne éveillée
Des yeux grand ouverts

27 janvier 2017

prés fixes


En 1, en 2, en 3


(Entendu dans la rue «  … il est re-allé »)

C’est le préfixe RÈ
Qui relie, recommence
Deux fois sur le métier
Remet son tablier
RE-Met ne saurait dire
Qu’il abandonne et pense
Par les coulisses fuir
avant que de monter
En scène et pourtant
Quelle fatigue quand on veut
Reprendre, retourner
Le sable au sablier.

C’est le préfixe TRE
Qui triple la cadence
Sur l’eau fait ricochets
En croches et triolets
Certes à trois fois regarde
S’il entre dans la danse
Mais la valse à trois temps
Suffit à l’exaucer.

À trépasser je crois
Il suffirait ma foi
Que je passe trois fois
Pour le tempo trouver.

23 janvier 2017

la chaise et le tableau


Etrange commerce ce matin

Entre le tableau et la chaise
Elle installée dedans un coin
Lui relevé sur la cimaise
Tandis que la chambre encore
Dormait sur toutes ses oreilles
Je les entendis dans le noir
Conciliabuler à leur aise

Elle : on dirait qu’il pleut au dehors
Lui : qu’importe nopus sommes à l’abri
Elle - oui ! mais cela fera du bruit
Et elle va soupirer à mort
Lui - à mort ! tu exagères un peu
elle soupire par habitude
mais s’arrête dès que les volets
sont ouverts sur le jour qui naît
Elle - heureusement que je suis là
Pour qu’elle installe son humeur
À bonifier dans le quart d’heure
Lui - tu rigoles ! c’est d’abord ses yeux
qui se posent sur mes couleurs
et l’on voit la métamorphose
instantanément dans son cœur
Elle - son cœur ! quelle notion  utopique !
Ce sont ses fesses qui ont besoin
D’installer le petit matin
Dans la prudence et l’espérance
Lui – moi je lui suggère la danse
Vois alors comme elle rajeunit
Et s’élance hors de son lit !

Sans prêter attention ni soin
J’ai accepté que le dehors
Comme une chaise vienne me chercher
Et m’installe sur mes quatre pieds
Comme le tableau de Nadia
Belaya il y a longtemps déjà
Me place dans cadre doré
Dans la ronde de vertes années



07 janvier 2017

déjà en ce temps-là


Lysistrata grandiloquente  - Si Eros et ses mots doux, si Aphrodite au septième ciel insufflent du désirs à nos seins et à nos cuisses, et provoquent chez les hommes des raideurs délicieuses, dures comme des bâtons, un jour viendra où la Grèce nous appellera Mesdames Armistice.
Le ministre –Et pourquoi donc s’il te plaît ?
L- pour avoir mis fin à la folie des hommes et à leur habitude de se promener dans les rues en armes.
Calonice – ça c’est vrai. En ce moment on n’arrête pas d’en voir, au marché aux légumes, au marché aux marmites, qui font les cent pas avec leurs armes, comme des détraqués.
Le M : bien sûr, c’est le devoir des braves.
L : n’empêche que c’est ridicule de voir un homme acheter du poisson avec son bouclier à la main.
C : moi j’ai vu un chef d’escadron, à cheval, mettre la purée qu’il venait d’acheter à une vieille, dans un casque. Et un autre, armé jusqu’aux dents, secouer son javelot pour effrayer une vendeuse de figues et mordre à ses beaux fruits.
Le M- Mais dites-moi comment allez-vous mettre fin au désordre dans ce pays ?
L, attrape un pelote, elle mime - c’est comme une pelote lorsqu’elle est emmêlée, on la prend comme ça, et on la démêle, un coup par ci, un coup par là. On fera pareil avec la guerre, si on nous laisse faire, on la démêlera en envoyant des ambassades, un coup par ci, un coup par là.
Le M- alors c’est comme ça, c’est avec une pelote de laine que vous pensez mettre fin à cette situation tragique !
L : c’est ça, c’est ça ! et vous, si vous étiez moins stupides, vous vous inspireriez de nos pelotes de laine pour gouverner ;
Le m : Dites-moi comment.
L :- comme on fait pour la laine brute. Il faudrait donner un bain à Athènes, pour éliminer sa graisse, puis l’étendre et la frapper pour tirer les poils durs et de mauvaise qualité, notamment ceux qui s’agglutinent en petits groupes au sommet, ceux-là il faudrait les arracher, qu’on ne voie plus leur tête. Il faudrait ensuite mélanger dans une petite corbeille toute la bonne volonté générale, en y faisant entrer les résidents étrangers, nos alliés des autres pays, et même ceux qui fraudent le fisc. Quant aux villes peuplées de colons athéniens, il faudrait reconnaître qu’elles sont des brins de laine tombés à terre chacun de son côté, et les ramasser, les amener ici, les réunir en un seul tas. Avec tout ça , il faudrait faire une énorme pelote de laine et tisser un manteau pour le peuple.
L M : C’est quand même incroyable qu’elles parlent pelotes de laine et petites corbeilles, elles qui ne connaissent rien à la guerre.
L : Mais enfin, crétin, on la supporte plus de deux fois plus. D’abord en tant que mères des soldats envoyés au front…
Le M soudain ému - oh ! tais-toi, ne remue pas le couteau dans la plaie !
Aristophane traduit par Laetitia Bianchi et Raphaël Meltz ( LYSISTRATA)

05 janvier 2017

la petafine


 
Hier au soir nous étions en bonne compagnie occitane devant un feu de bois dans la cheminée : rien de tel pour aiguiser les appétits et les souvenirs. Miquela évoque une tradition de Noêl qui apportait un fromage fort aux bouches exigeantes de sensations du même tonneau ( si j’ose dire) : préparation constituée de restes de fromages mis à tremper quelques six mois dans un pot avec de l’alcool et parfois, si j’ai bien compris, réchauffée sur l’âtre. Sur une large tranche de pain une légère couche de cette préparation permettait de se restaurer en envisageant une année nouvelle forte et goûteuse.
Bien que je ne comprenne que très mal l’occitan le récit m’a immédiatement connectée à cette enfance indélébile où les mots de patois résonnaient en cadence comme nos sabots sur l’aire. «  petafine ! oui ! c’était bien de « pétafine » qu’il s’agissait, autrement dit, depuis ce matin de réflexion sur le sujet, de « traque ». Maman la préparait exclusivement pour mon père, elle la logeait sous les escaliers tout au fond de « l’évier », la petite pièce attenant à la cuisine, pour qu’on ne la voie ni ne la sente. Elle utilisait les propres « boucques » de ses « tomes » fabriquées avec le lait de nos propres vaches et chèvres. En tant que gardienne du petit troupeau j’ai donc droit moi aussi à la reconnaissance de mon père. La « gnole » bien sûr était du cru de nos vignes et je ne pense pas qu’il y eût autre chose que le sel qui soit venu d’ailleurs que de nos « terres ».
Mon père riait de notre effarouchement devant la petafine, se faisait néanmoins discret pour aller la dénicher dans l’évier, la souillarde, et la manger en fin de repas tandis que les filles étaient déjà à la vaisselle ou à « couaver la place » (balayer la pièce principale) Je n’ai pas souvenir que mes frères aient trouvé ce moyen d’avaler plus fort que soi pour entrer dans la confrérie des hommes invincibles, gourmands, impétueux. Aujourd’hui je regrette de ne pas leur avoir demandé à temps leur sentiment.
«  petafiner » par ailleurs et assez bizarrement signifiait «  abîmer ». Le verbe était aussi fréquemment utilisé que l’admonestation pour «  nous apprendre à vivre ». J’ai toujours et encore l’impression que le plus gros péché que je puisse faire est de « petafiner » : mon temps, ma robe, mes sous … 
Mais ce matin je n'ai rien petafiné, tout au contraire! 
Puisque j'ai fait des restes d'hier une bonne tartine pour aujourd'hui. 

02 janvier 2017

à la grâce de dieu




La grâce de dieu manquait dans la corbeille des voeux
Plus personne n’osait invoquer sa présence
Au téléphone muet répondait le silence.
Alors, soudain saisie d’une pensée d’enfance,
Elle alluma une bougie tremblante
Elle regarda la mèche lancer son i moqueur
De lumière et de paix, d’élans et de couleurs.
La grâce, partie de peu, descendit dans l’arène
Et à la grâce de dieu elle accepta le don
d’un jour unique
qui lui tendait les bras, planté sur ses talons

31 décembre 2016

tant qu'il y aura du temps


J’ai voulu retenir le temps

Mon temps perdu, le temps des autres
Et j’ai pris entre mes dix doigts
Le crayon, le pinceau, la plume
La bêche, le trident, l’enclume.

Le temps découpé en morceaux
Replanté le long des charmilles
S’est mis à s’enfuir de mon dos
Et à se porter sur des trilles
Temps perdu devenu nouveau

Depuis que le temps m’accompagne
À point nommé sans me soumettre
À ses sautes d’humeur et de lettres
Je prends mon temps par la campagne
À la ville, au seuil, aux fenêtres
Et j’écris quand le temps me chante
Par l’encolure et par la manche
Bras ballants et le cœur devant

09 décembre 2016

recette

pour faire se lever le soleil

Prendre le zeste d'une orange
en badigeonner les maisons
Dissoudre dans l'air d'une chanson
une queue d'hirondelle et trois sourires d'ange
D'une truelle d'impertinence
commander au soleil de se lever plus tôt
sans le morigéner et sans hausser le ton
Le soleil pointera derrière l'horizon
comme un bon ouvrier aux cadences infernales
transformées en loisir et mieux que de raison !