Mots et couleurs

textes auto-biographiques anciens et actuels, poésie, chansons, contes et nouvelles

23 janvier 2017

la chaise et le tableau


Etrange commerce ce matin

Entre le tableau et la chaise
Elle installée dedans un coin
Lui relevé sur la cimaise
Tandis que la chambre encore
Dormait sur toutes ses oreilles
Je les entendis dans le noir
Conciliabuler à leur aise

Elle : on dirait qu’il pleut au dehors
Lui : qu’importe nopus sommes à l’abri
Elle - oui ! mais cela fera du bruit
Et elle va soupirer à mort
Lui - à mort ! tu exagères un peu
elle soupire par habitude
mais s’arrête dès que les volets
sont ouverts sur le jour qui naît
Elle - heureusement que je suis là
Pour qu’elle installe son humeur
À bonifier dans le quart d’heure
Lui - tu rigoles ! c’est d’abord ses yeux
qui se posent sur mes couleurs
et l’on voit la métamorphose
instantanément dans son cœur
Elle - son cœur ! quelle notion  utopique !
Ce sont ses fesses qui ont besoin
D’installer le petit matin
Dans la prudence et l’espérance
Lui – moi je lui suggère la danse
Vois alors comme elle rajeunit
Et s’élance hors de son lit !

Sans prêter attention ni soin
J’ai accepté que le dehors
Comme une chaise vienne me chercher
Et m’installe sur mes quatre pieds
Comme le tableau de Nadia
Belaya il y a longtemps déjà
Me place dans cadre doré
Dans la ronde de vertes années



07 janvier 2017

déjà en ce temps-là


Lysistrata grandiloquente  - Si Eros et ses mots doux, si Aphrodite au septième ciel insufflent du désirs à nos seins et à nos cuisses, et provoquent chez les hommes des raideurs délicieuses, dures comme des bâtons, un jour viendra où la Grèce nous appellera Mesdames Armistice.
Le ministre –Et pourquoi donc s’il te plaît ?
L- pour avoir mis fin à la folie des hommes et à leur habitude de se promener dans les rues en armes.
Calonice – ça c’est vrai. En ce moment on n’arrête pas d’en voir, au marché aux légumes, au marché aux marmites, qui font les cent pas avec leurs armes, comme des détraqués.
Le M : bien sûr, c’est le devoir des braves.
L : n’empêche que c’est ridicule de voir un homme acheter du poisson avec son bouclier à la main.
C : moi j’ai vu un chef d’escadron, à cheval, mettre la purée qu’il venait d’acheter à une vieille, dans un casque. Et un autre, armé jusqu’aux dents, secouer son javelot pour effrayer une vendeuse de figues et mordre à ses beaux fruits.
Le M- Mais dites-moi comment allez-vous mettre fin au désordre dans ce pays ?
L, attrape un pelote, elle mime - c’est comme une pelote lorsqu’elle est emmêlée, on la prend comme ça, et on la démêle, un coup par ci, un coup par là. On fera pareil avec la guerre, si on nous laisse faire, on la démêlera en envoyant des ambassades, un coup par ci, un coup par là.
Le M- alors c’est comme ça, c’est avec une pelote de laine que vous pensez mettre fin à cette situation tragique !
L : c’est ça, c’est ça ! et vous, si vous étiez moins stupides, vous vous inspireriez de nos pelotes de laine pour gouverner ;
Le m : Dites-moi comment.
L :- comme on fait pour la laine brute. Il faudrait donner un bain à Athènes, pour éliminer sa graisse, puis l’étendre et la frapper pour tirer les poils durs et de mauvaise qualité, notamment ceux qui s’agglutinent en petits groupes au sommet, ceux-là il faudrait les arracher, qu’on ne voie plus leur tête. Il faudrait ensuite mélanger dans une petite corbeille toute la bonne volonté générale, en y faisant entrer les résidents étrangers, nos alliés des autres pays, et même ceux qui fraudent le fisc. Quant aux villes peuplées de colons athéniens, il faudrait reconnaître qu’elles sont des brins de laine tombés à terre chacun de son côté, et les ramasser, les amener ici, les réunir en un seul tas. Avec tout ça , il faudrait faire une énorme pelote de laine et tisser un manteau pour le peuple.
L M : C’est quand même incroyable qu’elles parlent pelotes de laine et petites corbeilles, elles qui ne connaissent rien à la guerre.
L : Mais enfin, crétin, on la supporte plus de deux fois plus. D’abord en tant que mères des soldats envoyés au front…
Le M soudain ému - oh ! tais-toi, ne remue pas le couteau dans la plaie !
Aristophane traduit par Laetitia Bianchi et Raphaël Meltz ( LYSISTRATA)

05 janvier 2017

la petafine


 
Hier au soir nous étions en bonne compagnie occitane devant un feu de bois dans la cheminée : rien de tel pour aiguiser les appétits et les souvenirs. Miquela évoque une tradition de Noêl qui apportait un fromage fort aux bouches exigeantes de sensations du même tonneau ( si j’ose dire) : préparation constituée de restes de fromages mis à tremper quelques six mois dans un pot avec de l’alcool et parfois, si j’ai bien compris, réchauffée sur l’âtre. Sur une large tranche de pain une légère couche de cette préparation permettait de se restaurer en envisageant une année nouvelle forte et goûteuse.
Bien que je ne comprenne que très mal l’occitan le récit m’a immédiatement connectée à cette enfance indélébile où les mots de patois résonnaient en cadence comme nos sabots sur l’aire. «  petafine ! oui ! c’était bien de « pétafine » qu’il s’agissait, autrement dit, depuis ce matin de réflexion sur le sujet, de « traque ». Maman la préparait exclusivement pour mon père, elle la logeait sous les escaliers tout au fond de « l’évier », la petite pièce attenant à la cuisine, pour qu’on ne la voie ni ne la sente. Elle utilisait les propres « boucques » de ses « tomes » fabriquées avec le lait de nos propres vaches et chèvres. En tant que gardienne du petit troupeau j’ai donc droit moi aussi à la reconnaissance de mon père. La « gnole » bien sûr était du cru de nos vignes et je ne pense pas qu’il y eût autre chose que le sel qui soit venu d’ailleurs que de nos « terres ».
Mon père riait de notre effarouchement devant la petafine, se faisait néanmoins discret pour aller la dénicher dans l’évier, la souillarde, et la manger en fin de repas tandis que les filles étaient déjà à la vaisselle ou à « couaver la place » (balayer la pièce principale) Je n’ai pas souvenir que mes frères aient trouvé ce moyen d’avaler plus fort que soi pour entrer dans la confrérie des hommes invincibles, gourmands, impétueux. Aujourd’hui je regrette de ne pas leur avoir demandé à temps leur sentiment.
«  petafiner » par ailleurs et assez bizarrement signifiait «  abîmer ». Le verbe était aussi fréquemment utilisé que l’admonestation pour «  nous apprendre à vivre ». J’ai toujours et encore l’impression que le plus gros péché que je puisse faire est de « petafiner » : mon temps, ma robe, mes sous … 
Mais ce matin je n'ai rien petafiné, tout au contraire! 
Puisque j'ai fait des restes d'hier une bonne tartine pour aujourd'hui. 

02 janvier 2017

à la grâce de dieu




La grâce de dieu manquait dans la corbeille des voeux
Plus personne n’osait invoquer sa présence
Au téléphone muet répondait le silence.
Alors, soudain saisie d’une pensée d’enfance,
Elle alluma une bougie tremblante
Elle regarda la mèche lancer son i moqueur
De lumière et de paix, d’élans et de couleurs.
La grâce, partie de peu, descendit dans l’arène
Et à la grâce de dieu elle accepta le don
d’un jour unique
qui lui tendait les bras, planté sur ses talons

31 décembre 2016

tant qu'il y aura du temps


J’ai voulu retenir le temps

Mon temps perdu, le temps des autres
Et j’ai pris entre mes dix doigts
Le crayon, le pinceau, la plume
La bêche, le trident, l’enclume.

Le temps découpé en morceaux
Replanté le long des charmilles
S’est mis à s’enfuir de mon dos
Et à se porter sur des trilles
Temps perdu devenu nouveau

Depuis que le temps m’accompagne
À point nommé sans me soumettre
À ses sautes d’humeur et de lettres
Je prends mon temps par la campagne
À la ville, au seuil, aux fenêtres
Et j’écris quand le temps me chante
Par l’encolure et par la manche
Bras ballants et le cœur devant

09 décembre 2016

recette

pour faire se lever le soleil

Prendre le zeste d'une orange
en badigeonner les maisons
Dissoudre dans l'air d'une chanson
une queue d'hirondelle et trois sourires d'ange
D'une truelle d'impertinence
commander au soleil de se lever plus tôt
sans le morigéner et sans hausser le ton
Le soleil pointera derrière l'horizon
comme un bon ouvrier aux cadences infernales
transformées en loisir et mieux que de raison !

04 décembre 2016

la joie

de Marcelle Delpastre ce poème que j'ai pris plaisir à copier pour vous


                   LA JOIE
Je mettrai ma joie dans la chair. Je n’entendrai pas une autre parole.
Dans le pain qui sort du four, le lait frais, dans la châtaigne qui fume quand on soulève le couvercle de l’oule ;
Là, je mettrai ma joie !

Quand elles s’ouvrent entre le premier soleil, dans les feuilles de noisetier.
Dans l’odeur que le vent apporte de l’arbre vert, de l’herbe en fleur, de la mer profonde.
Le bruit des grandes eaux et la terre aux fumantes labours.
Là je mettrai ma grande joie.

Je mangerai chaque jour les fruits de la saison ; je me chaufferai devant le feu de flamme et de cendre.
Je dormirai  comme l’on dort au lit de chanvre et de plume.
J’apprendrai à marcher, d’un pied, de l’autre, je parlerai sans hâte de toute bonne chose à dire.
J’essaierai l’haleine, qui va, qui vient ; je goûterai l’air à pleine gorge, et la vie qui chante au fond du corps.
Là je mettrai ma meilleure joie.

J’écouterai mon corps affamé qui hume sa nourriture.
J’écouterai mon ventre plus qu’un désert, je le noierai de vin.
J’écouterai mon corps qui a tant bramé d’amour dans les combes de la mer morte.
Là je mettrai ma joie. Maintenant est venu le temps. Au vin mûr je m’attends. Je m’attends à l’amour.
Au vin, à l’amour de la chair je m’attends, au plaisir qui incline les joncs et les bouleaux dans son souffle.
Là je mettrai ma joie !

Là je mettrai ma joie, dans le vin, l’amour. Je cueillerai mes raisins, je presserai la grappe.
J’aurais les mains pleines de sang, la forte odeur du vin me terrasse.
Sous le poids des raisins je ploierai l’échine, c’est moi qui suis la vigne ! c’est moi qui suis la grappe !
Sur mon corps vendangé passe le vent de l’amour, l’odeur de la chair tendre.
De mon corps crucifié niassent les raisins de la colère, du fond du corps monte un souffle nouveau.
De mes pieds encloués sortent les fontaines de la colère, de mes mains clouées vient une branche nouvelle.
Là je mettrai ma joie !

Ici, j’ai mis mon sang. Mon seul espoir, ma joie. De mes reins cloués sort un arbre nouveau.
De mes reins brûlés flambe le feu nouveau. De mes reins desséchés coule un fleuve nouveau.
De mes reins glacés s’élève le vent de tempête, la mer se creuse et se crève où passe le vent.
Maintenant, maintenant je porte le fardeau de pierres, le tuf épais, les racines de la montagne !
Maintenant je m’en vais dans le désert du temps, entre l’étoile et les pierres, et les soleils me font une fumée, une goutte d’eau.
Maintenant je m’en vais, ivre de sang, entre le vent et la poussière. Et la fange soyeuse recevra mon repos.
Ici j’ai mis ma joie.

SAUMES PAGANS

02 décembre 2016

salut !

salut à toi soleil
tu embrasses le ciel
tu embrases mes joues

et avec la bougie des rêves
je peux allumer un grand feu
qui me chauffe depuis les orteils
jusqu'à la pointe des cheveux

c'est peu que te dire que j'aime ta chanson
que j'adore ton sourire
oh mon bon compagnon !
mais à dire "je t'aime" on aime un peu moins pire
à le dire en poème on  respire encore mieux

30 novembre 2016

les murs


"J’avais même trouvé le titre Derrière les murs ? les murs c’était les murs de la pension, qui n’étaient pas des murs pour rire. Des murs de pierres pauvres, hérissés de tant d’interdits, qu’il faudrait bien toute une vie pour les franchir, même passée la grande porte sur les mirages de la liberté. C’était aussi les murs de la guerre. Et ceux-là qui les abbatrait, sinon pour les reconstruire, à longuer de temps ? Pourtant, c’était encore le temps de la jeunesse, qui n’est pas seulement heureuse, ou malheureuse, dans le miroir défigurant du souvenir, mais dans son propre épanouissement." P 521 Delpastre

Ceux-là se construisent  à côté de moi et sous mes fenêtres. Murs qui me renverront bientôt d'autres é
chos de voisinage : voix vives? téléportés? voix matinales qui renvoient au jour libre les esclavages de la nuit ?
j'écoute. À la fenêtre de ma vieillesse, j'écoute le renouvellement des cris et des parcours

21 novembre 2016

les pieds dans le plat !


Le plat était en place au centre de la table

Un plat de porcelaine et doré sur les bords

Tout autour les convives guettaient d’un air de matamore

Prêts à prendre leur part du taureau par les cornes

Pourtant le maître d’œuvre, le maître de chapelle
Ne semblait guère pressé de donner le signal
La bête cuite à point dans le jour vespéral
Suintait de lueurs sourdes jusqu’à se trouver mal
Enfin qu’attendait-on ? qui n’était pas ici ?
Aucune chaise vide à l’entour du pertuis
Les portes étaient closes, le plafond suspendu
Tout autour de la salle les gardes retenus.
Je ne saurais vous dire ce qui me traversa
Un zeste de fou-rire, une crise de foi
Mais sans nulle retenu en pareille circonstance
Je me dressai debout et les mains sur les hanches
Avant que président, trésorier, secrétaire
Puissent empêcher moi-même de me flanquer en l’air
Avant que mon voisin, pourtant costaud des halles
Puisse me ceinturer ou me rincer la dalle
Bref ! avant que quiconque puisse me battre froid
En toute simplicité je mis les pieds dans le plat
Un grand vent de typhon souffla par les naseaux
Le plat de porcelaine craque sous le taureau
Et la table étonnée se souleva de terre
Pour nous laisser partir en bonne compagnie
Moi la végétarienne et la bête rotie.

Si vous ne me croyez lisez donc les journaux
On a tout intérêt quand on n’aime pas le veau
Ni son père, ni sa mère, à mettre les pieds dans le plat
Et pourquoi pas ? le derrière !

12 novembre 2016

l'arbre aux poissons

il m'a suffit de regarder dans le miroir de la mare
pour voir les poissons s'envoler
des poissons rouges, des poissons bleus
comme le ciel de leurs nageoires
C
'est étonnant comme l'on peut
changer de perspectives
quand on aborde une autre rive

11 novembre 2016

la vie en bleu

à préférer la vie en rose
Edith a perdu quelque chose
me semble-t-il les jours de rêve
où je voudrais comme en plein jour
monter à l'échelle de la tour
non ! surtout pas la Tour-prend-garde
la Tour- qui regarde- en face
les nuages et leurs consoeurs
les nuagettes porte-bonheur
C'est pourquoi quand il fait orage
je verse de mon bel encrier
du bleu limpide sur un papier
ensuite je cherche des visages
et j'en trouve à tire-larigot !
Chacun crie  à voix haute et claire
hardi petite ! sois donc légère
le ciel est à portée du jour !