Mots et couleurs

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23 mars 2008

COUSINE PHAGOCYTE


COUSINE PHAGOCYTE

Longtemps après la lecture du blog de Gazou sur certaine cousine en visite, je tourne autour du problème. Car j’ai moi aussi dans mes tiroirs un tel cas. Et ce mot jaillit : PHAGOCYTER. « Elle me phagocyte ». Je ne peux que me le répéter en l’examinant sous tous les angles. Comme la cousine. Comme la voisine. Comme la copine.
Comment échapper au phénomène ?
« PHAGO = Glouton CYTE = cellule, cavité
Processus de destruction, d’absorption d’un individu ou d’un groupe par un autre. »
Le mot convient, bien qu’il ne me dise pas comment affronter le phagocyteur, la phagocytrice. C’est que je la comprends si bien, je la connais depuis si longtemps ! Je sais que son assurance à me désarçonner vient de son propre malaise à vivre. Vivre seule, vivre en marge des vies heureuses qu’elle envie, qu’elle désire, qu’elle méprise. Mon bonheur lui fait mal, elle le juge indécent surtout qu’il n’a rien d’ostensible, il est là simplement sous ses yeux et plutôt que de les fermer elle veut l’arracher aux miens. N’ai-je pas de multiples raisons d’être inquiète, de multiples torts et manquement aux règles de bienséance ? N’ai-je pas de multiples enfants ? de multiples amis qui me font souffrir, qui doivent, qui devraient me faire souffrir ? N’a-t-elle pas le devoir de me le rappeler ? Ainsi, nous sommes attablées devant une belle assiette de nourriture et un verre de rosé, c’est le moment de parler des problèmes de santé de X, des soucis d’argent de Y, des considérations philosophiques qui la font elle, bouleversée par les problèmes de son prochain. C’est le moment de me bombarder de questions sur ma propre attitude face à la souffrance, à la mort, au vieillissement. Pas question d’échapper à l’interrogatoire, pas question de l’envoyer paître … Car le vrai problème de phagocytage c’est celui que je nourris en moi.
Trois solutions mais aucune qui m’arrive dans l’instant même. Je ne les aperçois les dites solutions, je ne les récapitule que quand il est trop tard / Elle a perturbé mon calme, elle a détraqué ma digestion, elle a remis en route la machine à tourments, la sale petite machine à raisonnement spécieux. Elle a, pour tout dire avec élégance, foutu la merde sur mon terrain. Et je me suis laissé faire !
Alors ces 3 solutions ?
- Rire, filer doux, regarder ailleurs ... Ah t’as vu ces rideaux comme ils sont jolis. Non ? trop Violets ? Ah moi j’aime bien, et le rose leur va si bien au teint ? Non ? Les rideaux n’ont pas de teint mais de la teinture, je dis n’importe quoi ? je ne t’écoute pas. Ah ben c’est ça oui ! je ne t’écoute plus quand tu me bassines. Je suis mal élevée hein ! Je suis grossière. Je ne suis pas distinguée comme toi ! Je dis merde quand tu m’emmerdes. Comme ose-je ? toi qui as tant fait pour moi, qui a tant de considération pour ma valeur, toi qui m’aimes, qui ne me veut que du bien ? je devrais consulter un psy, un dentiste, un coiffeur, un kinésithérapeute, le tien qui est si efficace, mais je n’ai pas retenu son adresse, quand vais-je me résoudre à écouter tes conseils ?
- La première solution de la plaisanterie est la même que la deuxième de l’affrontement en direct. Et je n’exerce ni l’une ni l’autre, sauf à bout de patience, quelquefois, sur le vif, c’est-à-dire sur ce qui me complexera davantage après, rabâchage interne sur mon éternelle culpabilité, ma sottise, ma faiblesse congénitale face aux cousines, aux copines, aux voisines de son acabit.
- Non la vraie et unique solution ce n’est pas la prière pour qu’un dieu compatissant nourrisse en moi suffisamment d’amour vrai, de calme profond indéracinable jusqu’à ce qu’elle rentre chez elle et moi chez moi, qu’elle rentre ses pauvres griffes et moi mes déchirures, la vraie solution c’est de dégonfler la baudruche que JE me suis fabriquée.
- Alors j’écris, comme cette nuit, libre, libérée, silencieuse … non pas à elle, elle a perdu ses pouvoirs, elle s’est éloignée suffisamment pour que je respire. J’écris à la nuit que j’ai apprivoisée pour qu’elle me parle à la bonne heure, pour qu’elle me berce quand j’ai mal, pour qu’elle attende le jour avec tendresse. Et même -sait-on jamais ? je suis si avertie maintenant des méthodes - pour qu’elle m’endorme dans ses bras.
- Mais au fait ! je l’ai déjà écrit cette lettre, à elle, comme à d’autres, Pourquoi des femmes toujours ? des mères, des sœurs, des filles ? Des femmes tourmentées pour tourmenter d’autres femmes ?
Heureusement qu’elles peuvent aussi, ces dragons, se changer en bonnes copines, cousines, voisines … Suffit d’un coup de baguette magique … Sur leurs doigts !

3 commentaires:

Blogger Maymay a dit...

Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

dimanche, 23 mars, 2008  
Blogger Maymay a dit...

La baudruche, c'est la représentation que vous vous êtes faite d'elle ?
En tous cas, c'est une description cocasse et une belle analyse.

dimanche, 23 mars, 2008  
Anonymous azalaïs a dit...

comme tu la décris bien cette femme, moi aussi j'en connais une qui me bouffe, jour et nuit et ma solution c'est l'écriture aussi et l'acuponcture! la plume et les aiguilles qui chauffent, le théâtre aussi où je me vide, où je la fais sortir de mes tripes ! quand, je joue l'impro , je crois bien que c'est grâce à elle que mes personnages sont si vrais!!là, c'est moi, la baudruche

vendredi, 28 mars, 2008  

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