Mots et couleurs

textes auto-biographiques anciens et actuels, poésie, chansons, contes et nouvelles

28 janvier 2007

LES CHANSONS QUE JE FAIS 9

« Ah ! Chanson vive ! … hélas ! pour recueillir sa voix,
C’est au lieu de l’air juste un faux air que je trouve,
Et je cherche, et l’accent que je risque parfois,
Celui qui vibre en moi toujours le désapprouve.

Elle chante … et je laisse échapper de ma main
Les mots flottants qu’elle me jette à la volée,
Si j’en ramasse un ample, il m’en fallait un fin …
Elle chante et sera tout à l’heure en allée. »

Nous approchons de la fin du poème de Marie Noël. C’est donc le moment d’évoquer cette chanson venue en Corse, qui flamba dans le soleil, l’eau, avant de venir se résoudre sur la plage.

Je reprends mon cahier que j’emmenais jusque sur le sable. C’était les premiers jours du séjour.

« La Corse m’a permis il y a vingt ans de m’arracher à des rivages permis et répertoriés pour nager vers le large, vers la chanson du large, comme hier sur la plage de Copabia.


Cette chanson donc n'a pas encore de titre mais pourrait prendre le premier vers de sa lancée :
« Ah ! Faire l’amour avec la mer »
Ou garder son localisme corse « Copabia ». Elle m’est venue en une brasse, en un éclair, une fois le premier contact un peu frisquet avec l’eau, accepté. Il a suffi que je sorte de l’eau pour en griffonner le début et laisser à deux ou trois reprises une suite s’inscrire. Mais j’ai le sentiment que le couplet qui s’est irrémédiablement noyé était le plus beau. Il nageait si bien, il venait si naturellement au cerveau … Tant pis ! Encore un couplet immortel retourné à la mer sans les microsillons du partage.
J’ai ramassé des morceaux de la mélodie sur le petit flûtiau écossais joint au matériel de plage.
Depuis deux jours, trois bientôt, la chanson m’a choisie pour livret. Elle est là à chaque convocation, de jour et de nuit, définitivement mémorisée, elle est là quasi à l’improviste pour matérialiser le bonheur, « le bonheur au point mort » qu’elle suggère précisément.
Hier, en remontant du rivage vers le sentier bétonné qui rejoint la route d’Acqua Doria, elle s’est déroulée avec grand orchestre : instruments à eau et à vent, depuis les rochers du bas jusqu’aux touffes du maquis … Je l’ai distinctement entendue avec Claire à la flûte, Pierre à la clarinette, Aldo au piano, Pierson à la guitare … et même « Jacques à la batterie ! » m’a suggéré Pierre. Mais c’est hautement improbable avec les occupations de Père Jacques. Qu’importe la marge de réalité qui sera la sienne ! Elle était dans le bonheur de la découverte et dans l’harmonie du paysage. Elle était, donc elle sera.
Le paysage, le moment, Pierre devant moi ou à côté de moi, étaient si présents, si réels que je n’avais vraiment pas de soucis. Je me suis fait la réflexion philosophique capitale : C’est le bonheur !
Le bonheur, c’est cette adéquation parfaite à l’instant que tu vis par toutes tes fibres. Et, ce pensant, ce me le disant, je pouvais faire gaffe à ma marche, à mon escalade, comme lorsque nous avons découvert une petite plateforme en bois installée par quelque autre amoureux face à la baie. Je m’y suis assise, Pierre s’y est accoudé. Pas un humain à crête de vague ou à sentier découvert. La mer, le maquis et nous ! Si ! Un oiseau, ni mouette ni gabian, a traversé l’horizon pour nous indiquer qu’au-delà, c’était encore plus grand, plus beau, plus vert, plus bleu, plus blanc d’écume, plus chuchotant de vent …

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