Mots et couleurs

textes auto-biographiques anciens et actuels, poésie, chansons, contes et nouvelles

08 août 2005

se casser le nez

SE CASSER LE NEZ

Vers neuf ans elle eut la bonne idée de devenir myope. Oh ! tout d’abord pas « myope comme une taupe » expression qu’elle ignorait … Non ! MYOPE avec un Y comme dans son nom, Un Y grec de bonne naissance et de distinction … Elle recueillit ce beau mot, de la bouche d’un spécialiste, grec sans doute lui aussi, un OCULISTE, le transporta religieusement avec sa maman chez l’OPTICIEN et pour ce don reçut sur le nez une paire de lunettes.
Une paire de lunettes pour yeux en face des trous, cerclés de noir.
Mais à partir de ce moment-là tout dérapa, tout s’échappa du dictionnaire : les lunettes devinrent des binocles et son gentil prénom auquel elle répondait volontiers se transforma en une douteuse épithète, une insulte à peine voilée, une sournoise apostrophe. Elle était devenue BINOCLARDE « OH ! la binoclarde ! Oh ! la binoclarde ! » prétexte à croche-pattes pour les copains jaloux et son vaurien de frangin. De MI-HOP la boum ( on sortait d’une guerre avec Prosper) en BI-NOCLARDE la différence peut paraître mince. Erreur ! Grossière erreur ! Les verres de correction ne cessèrent de s’épaissir d’année en année.
La myopie avait été déclarée « de croissance ». La pauvre enfant eut beau tenter de ralentir l’inévitable, elle grandit à vue d’œil et la prothèse ne quitta plus son support d’exposition.
Son nez, son adorable nez si mignon, tellement gentil que son Papa le cueillait entre l’index et le pouce pour le faire resurgir et le lui recoller en place, au milieu de la figure, son appendice nasal fut lui aussi frappé de disgrâce. Avalé par les lunettes, oublié dans les travaux de restauration et d’allongement de son père, il devint ce non-lieu dont on ne parlait même plus …
Hélas ! Trois fois hélas !
Elle voyagea de décennies en décennies, d’oculiste en ophtalmologiste, jusqu’à aborder à la plage espérée de la retraite.
Croyait-elle, la pauvre, pauvre enfant …
Un soir de soleil couchant, sur la porte de verre d’un immeuble bourgeois à visiter pour y trouver un appartement elle s’y cassa le nez, les lunettes, et cette si précieuse aptitude transportée depuis l’enfance avec vents et marées, de n’en faire qu’à sa tête.

L'OISEAU FRACASSE

14 Juin 2004 à Aoste

Il voulait entrer au musée
Il avait tant besoin de science
Savoir d’où ses parents venaient …
Découvrir pourquoi les marées …

Mais le musée était fermé

A force de voler partout
Sans savoir qu’il est des frontières
Il s’est fracassé sur le verre
Pauvre mésange charbonnière
Devenue charbon pour la terre

Il est possible qu’au jardin
Sur sa modeste sépulture
Il pousse une touffe de thym

Il est possible que le thym chante
A midi quand sonne le glas
Du petit oiseau arrêté
Dans sa quête de subsistance
Il est possible qu’il reste un brin

Comme de toute connaissance
En plein vol désintégrée

1 commentaires:

Blogger kevinprehiem47647955 a dit...

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vendredi, 19 août, 2005  

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