Mots et couleurs

textes auto-biographiques anciens et actuels, poésie, chansons, contes et nouvelles

14 décembre 2008

LE DIT DES GRENOUILLES 3


Di di di di : les gnus-gnus semblaient n’avoir rien entendu et n’élevaient ni ne baissaient le ton. Continuaient. Persévéraient. Avançaient sans se soucier de sa présence. Imperturbables. Ou simplement, réfléchit-elle, hors de portée de sa voix.
Elle se remémora comment à l’école on se moquait d’eux, les habitants de la Gravelle. Comment on les traitait de « gnus-gnus » autant dire de mal dégrossis, de rustres, de grenouilles stupides. Elle n’en faisait pas une histoire. Mais son frère oui, son frère dégainait les poings et s’ils avaient perdu un peu de temps pour rentrer ils trouveraient bien un prétexte quelconque pour rassurer la Maman. Elle, la petiote, assisterait au combat, incapable de l'empêcher, inquiète des déchirures ou écorchures trop visibles. Au retour, seul le sourire du grand-père ne serait pas dupe. Lui, approuvait toujours tacitement les poings justiciers.

Di di di di
D’un seul coup cette traduction simultanée lui parut insupportable. Niaiseuses grenouilles, rabâcheuses, envasées. Eternelles et pourtant autres, filles des mères, grand-mères des filles … Litanie sans fin d’un temps perdu, désincarné, déstructuré, à jamais …
Elle les imita ironiquement Di Di Di Di Di
Entreprit de leur faire varier l’antienne, de leur apprendre la musique, la sienne, de leur enfoncer dans la tête sa version des choses …
La la la la … Elle reprenait leur tempo mais modulait des accords. Des harmoniques ! Nom de dieu ! des harmoniques ! Elle tirait de sa voix des performances, des prouesses, des intentions vengeresses … Elle avait envie de pleurer d’impuissance -comment lutter avec tant de grenouilles ?- de joie aussi de s’entendre une voix claire et forte - hein Pépé Paul ? Crois-tu ? j’en ai du coffre ? -
La basse des grenouilles continuait bravement son propos.
Sa rage s’apaisa, sa souffrance se fit calme …
Alors une symphonie s’éleva. Les deux voix se rejoignirent. Di Di Di La La La la dit ditdit là là lalaladi ...
Toute la nuit elles échangèrent leur sons, leurs notes, leur perpétuité, leur jeunesse, leur sang … Toute la nuit …

1 commentaires:

Blogger Solange a dit...

J'aime beaucoup ce récit.

dimanche, 14 décembre, 2008  

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